50e Congrès CGT – Toulouse 18-22 mars 2013

La tribune Publié le 12 mars 2013

Contribution du Bureau de lUnion dpartementale Cgt 35 / Ferc Cgt

Le 13 fvrier dernier, l’UDCGT 35 et la Ferc-Cgt dans le cadre dun constat partag sur le besoin de recrer et renforcer le lien entre les syndicats du mme champ professionnel, avec la fdration, avec le territoire et conjuguant le dploiement syndical, runissaient pas moins de sept syndicats de l’enseignement suprieur, de la recherche, de la formation et de l’ducation du dpartement.

Au cours de cette journe, deux dbats taient programms l’enseignement suprieur et la recherche au risque de la rgionalisation , formation professionnelle : entre rponse l’urgence sociale et poursuite de la casse des acteurs publics sur fond d’Acte III de la dcentralisation.

Sous couvert d’une comptitivit internationale alimente par les classements, notamment celui de Shanghai, l’enseignement suprieur et la recherche (ESR) connaissent, depuis plusieurs annes, de profondes mutations au rythme des dcisions europennes : processus de Bologne qui favorise la mobilit des tudiants mais impose de nouveaux cursus, de nouveaux diplmes licence, master, doctorat - Stratgie de Lisbonne et son march de la connaissance et des savoirs, Stratgie 2020 aujourd’hui.

Ces mutations se sont traduites, en France, par le Pacte pour la Recherche, la Loi Libert et Responsabilit des Universits (LRU) qui ont conduit, entre autres consquences, des regroupements d’tablissements, la mise en place de ples de recherche et d’enseignement suprieur mais aussi de ples d’excellence financs en grande partie par le grand emprunt.

Cette ide de concentrer l’ESR sur quelques tablissements reste profondment ancre encore aujourd’hui. Il est vrai que nombre de membres de la confrence des prsidents d’universit, porteurs de cette orientation hier, svissent actuellement au cabinet de la ministre.

Ainsi, le nouveau projet de loi sur l’ESR traduit- il ces aspirations en favorisant la mise en place de communauts scientifiques regroupant des tablissements de natures et de statuts diffrents autour d’universits qui pour nombre d’entre elles sont exsangues financirement, tout cela au dtriment des structures universitaires de proximit.

Ce nouveau projet de loi doit tre lu travers le prisme de l’Acte III de la dcentralisation pour plusieurs raisons : il pousse une spcialisation des tablissements et des territoires, se propose de rendre obligatoire les schmas rgionaux de l’enseignement suprieur, de la recherche et de l’innovation, il introduit une gestion par contrat tripartite (Etat, Rgion, tablissement sur la base des regroupements), il organise de nouveaux partenariats avec les entreprises par les nouvelles missions octroyes l’ESR, notamment celles du transfert de rsultats de la recherche publique aux entreprises. D’autre part, ce projet s’engage sur une simplification des diplmes, la suppression de spcialits, le dveloppement des comptences au dtriment de formations qualifiantes (voir le budget de l’ESR).

En Bretagne, mais cela est aussi vrai ailleurs, l’ESR est rparti sur quatre sites universitaires (Rennes, Brest, Laval/Lorient) se conjuguant avec de nombreuses coles suprieures qui ne relvent pas toutes du ministre. La rgionalisation se met peu peu en place dans un cadre antagonique Est/Ouest (Rennes/Brest). A titre dexemple : des partenariats public/priv se nouent favorisant le transfert des rsultats de la recherche publique vers des entreprises de la filire automobile (principalement) qui ont abandonn ou sont en train dabandonner pour partie leur propre secteur Recherche/Dveloppement, ce qui conduit dj de facto une spcialisation de l’ESR.

Cette spcialisation devrait se voir renforce car si, jusqu’ prsent, il n’tait pas question de fusions d’tablissements mais de cooprations, les conseils d’universits se sont runis pour engager une restructuration du site rennais.

Face ces mutations rgionales, la Cgt le devoir de se positionner localement. Mais elle ne peut le faire sans prendre en compte les orientations et revendications de la profession qui parfois peuvent sembler dconnecter des ralits locales.

Or, l’ESR participe de l’ducation, elle a vocation poursuivre l’enrichissement des savoirs de l’humanit, maintenir et dvelopper une pense autonome, toutes choses qui participent de l’mancipation des citoyens. En cela, elle ne peut tre rduite une fonction utilitariste.

De mme, les regroupements d’tablissements conduisent la concentration des tudiants, des personnels entranant mutualisation des services et son corollaire de fin de contrat pour de nombreux agents contractuels, de mobilit gographique et fonctionnelle, de souffrance au travail.

Les proximits avec les consquences pour l’ensemble du salariat de la signature par des organisations minoritaires en termes de reprsentativit de l’ANI du 11 janvier dernier sont videntes.

Ainsi, des approches qui peuvent sembler divergentes dans un premier temps conduisent une orientation partage : il faut revenir une politique d’amnagement du territoire qui dpasse la rponse immdiate des rgions leur propres besoins de financement, redonner du sens aux services publics (pour qui, pour quoi faire ?), imposer un autre progrs social.

On retrouve cette mme dichotomie lorsqu’il est question de formation professionnelle. A la vise mancipatrice de ce quelle doit tre rpond trop souvent, en territoire, une approche utilitariste qui favorise la mise en concurrence des acteurs publics entre eux. La mise en concurrence avec les officines prives conforte la marchandisation de ce secteur d’activit, malgr l’existence de directives europennes, et se rvle mortifre pour tous.

Ainsi en Bretagne la rgion qui finance prioritairement la formation professionnelle d’un public local, soutient largement le Cnam au dtriment des services de formation continue de l’universit, entre autres, qui ne parvient pas remplir ses formations malgr leur pertinence.

Cette mme ralit s’impose dans la formation initiale, l’objectif de 500 000 apprentis retenus par le gouvernement, au dtriment de la formation sous statut scolaire, trouvant cho dans des capacits de financement de l’apprentissage suprieur aux objectifs atteints par la rgion...faute de proposition des employeurs. Or si l’apprentissage, ne pas confondre avec l’alternance qui doit tre assujettie un projet pdagogique, est une voie d’accs la formation pour certains jeunes, il n’est pas la rponse adquat pour rpondre aux besoins de formation d’autant que la qualit de ce type de cursus laisse trop souvent dsirer.

Former pour quoi faire, pour qui... la rponse ne peut se conjuguer aux seules attentes du patronat et des mtiers en tension qui ne le seront peut tre plus demain. Cela est d’autant plus vrai que les entreprises ont une responsabilit sociale et doivent donc former leurs salaris. On en est loin aujourd’hui d’o la ncessit de conforter les IRP dans le contrle des plans de formation des entreprises et dans leur financement, d’o la ncessit de faire vivre notre revendication d’une scurit sociale professionnelle, do la ncessit enfin de croiser nos rflexions profession/territoire pour favoriser lefficacit de nos interventions.

Loc MOREL, Secrtaire Gnral UD Cgt 35
Richard BERAUD, Secrtaire Gnral Ferc Cgt

Imprimer cette page - Faire connaître cette page par courriel