50e Congrès CGT – Toulouse 18-22 mars 2013

Publié le 19 mars 2013

Revue de presse

Dans vos quotidiens : fromage ou dessert ?

Informer rime parfois avec simplifier. Si le congrs de la CGT donne lieu une large information, celle-ci nest pas exempte de simplification. Un tribut payer la complexit de la priode et ses contradictions ? Avouons que lobjet nest pas simple et dfie la logique, quelque peu binaire, qui fleurit sous la plume de nombre de commentateurs

Blanc ou noir. Jean Pierre Bd, dans la Dpche (18 mars), pose trs clairement les termes dune alternative fromage ou dessert ? , dans laquelle il enferme le congrs : Le millier de dlgus qui se runira durant cinq jours devra dcider de lorientation privilgier la lutte ou la ngociation et dcider des stratgies dalliances, alors que les relations avec lautre grande centrale, la CFDT, se sont nettement refroidies. Une grande partie de la presse est au diapason et dresse un bilan au mieux contrast.

Nathalie Birchem, dans La croix (18 mars) estime, non sans contradictions, que la CGT navance pas non plus beaucoup de propositions. Peu dides ont merg sous lre Thibault. Ainsi, la scurisation sociale professionnelle, invention CGT destine construire des transitions pour les salaris entre deux emplois, a t supplante dans le dbat public par la version CFDT du concept. Au final, la CGT, sous Bernard Thibault, est-elle reste le premier syndicat franais ? Premire dans les lections, la CGT passe deuxime pour le nombre dadhrents, derrire une CFDT qui utilise cependant un mode de calcul plus avantageux. Loin datteindre le million dadhrents, comme il le souhaitait, Bernard Thibault a nanmoins russi lexploit de stopper lhmorragie des adhsions, qui remontent lgrement.

Dans les Echos (18 mars), Jean-Francis Pecresse ne mche pas ses mots : Un canard sans tte. En forant peine le trait, cest limage que peut donner la confdration gnrale du travail (CGT), louverture dun 50e congrs au terme duquel, aprs quatorze annes passes la diriger, Bernard Thibault doit passer la main Thierry Lepaon. Rarement la principale organisation reprsentative des salaris une notion toute relative dans un pays o le taux de syndicalisation nexcde pas 8 %... aura paru aussi dsoriente, cartele sur la stratgie suivre comme sur les mthodes utiliser. Comme le dit le chercheur Jean-Marie Pernot, elle avance le nez au vent. La contradiction est gnrale entre la base et le sommet. Une base capable de drives radicales, pour ne pas dire illgales, comme lusine Goodyear dAmiens ou lusine PSA dAulnay. Un sommet qui tente de mnager une relation responsable, respectable, avec les autres confdrations, et surtout avec un pouvoir politique socialiste pour larrive duquel il a milit, reniant sa tradition peine retrouve dindpendance.

Sur un mode plus analytique, Jean-Christophe Chanut partage le mme point de vue : La CGT est un bateau ivre, sans relle ligne et manquant de colonne vertbrale, faute de vrais dbats internes sur ses orientations, ses choix. Syndicalisme daccompagnement ou dopposition ? On ne sait plus trs bien. Au point que lon peut davantage parler des CGT que de la CGT. Un diagnostic partag par Marc Landr dans le Figaro (18 mars) : Cest peu dire en effet que la CGT, le premier syndicat de France, qui tient cette semaine son 50e congrs Toulouse, est aujourdhui en guerre. En guerre contre Franois Hollande, qui ne cesse de faire des cadeaux au patronat et oublie que ce sont les salaris qui lont fait lire, contre la CFDT, qui a ngoci un accord sur lemploi sclrat et destructeur contre la rigueur qui enfonce la France dans la rcession.

20 minutes (18 mars), se montre plus nuanc : La CGT serait-elle ce Cancer gnralis du travail, selon le mot de Coluche ? Ou un syndicat de fous, comme lestime Maurice Taylor, le PDG de lamricain Titan ? Cest une vision rductrice. La radicalit de certains a dtruit des pans entiers de notre conomie, comme le secteur du livre ou celui de la manutention portuaire. Mais dautres font un travail pertinent, note un observateur.

Il y a beaucoup de diversit la CGT, souligne Dominique Andolfatto, spcialiste du syndicalisme, et si le discours au niveau national est trs politique, la CGT est plutt pragmatique localement. Dans les entreprises, la CGT signe, chaque anne, 80 % des 30 000 accords qui lui sont prsents. Elle est donc bien dans le compromis, abonde Bernard Vivier, directeur de lInstitut suprieur du travail.

Michel Noblecourt, lui, relve dans le Monde
(18 mars) les propos de Thierry Lepaon au journal LHumanit Dimanche du 14 mars : Je ne veux pas dune CGT qui se contente de dire non et le journaliste note que dans le mme entretien, Thierry Lepaon prend ses distances avec Jean Luc Mlenchon, dont la prsence tait annonce lundi au congrs de la CGT en affirmant : La CGT nest pas et ne sera pas le bras arm du Front de gauche . Un tat desprit que lon retrouve dans le projet de document dorientation, labor avant laccord du 11 Janvier, o la CGT refuse dtre enferme dans un syndicalisme de raction. Une stratgie de conqute sociale qui suit la priorit donne par M. Thibault limplantation dans les dserts syndicaux.

Enfin, Michel Noblecourt conclut en rappelant que M. Lepaon, qui juge vital de chercher lunit daction au nom du syndicalisme rassembl, devra envoyer des signaux. Aprs Toulouse.

Tranchant avec ces commentaires aigres-doux, Jean-Paul Pirot estime dans lHumanit (18 mars) que la campagne anti-CGT, relance notamment dans la dernire priode loccasion du conflit Goodyear ou de PSA, nobtient pas les rsultats escompts par ses fomenteurs. Les chiffres en attestent des lections prudhomales (2008) jusquaux trs petites entreprises (TPE) (2012) : la centrale prside par Bernard Thibault, qui va passer le relais Thierry Lepaon au cours de ce congrs, arrive en tte de toutes les organisations syndicales. Ce capital de confiance qui mane du monde du travail est videmment un atout. Mais le journaliste souligne un paradoxe du syndicalisme franais quil appelle dpasser : il est combatif, reprsentatif de la colre et des aspirations des salaris, au point que dans dautres grands syndicats europens lon envie souvent les luttes la franaise. Mais le faible taux de syndicalisation (8 % des salaris) qui affecte toutes les composantes syndicales reprsente un manque gagner que les dirigeants de la CGT semblent dcids corriger. Un syndicat fort dun million de militants, la fin des dserts syndicaux permettront de peser davantage face la radicalisation du capital. Une hypothse qui relve du possible si lon en croit le sondage Ifop-Humanit ralis en fin de semaine dernire et selon lequel 50 % des salaris ont une bonne opinion de la CGT, 54 % pour le secteur public et 48 % pour le priv. Les femmes sont plus nombreuses (49 %) en avoir une bonne opinion que les hommes (40 %). Enfin, les 18-34 ans sont plus de
60 % apprcier la CGT.

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